Epicurienne moi ?

Publié le par Liane

Oui et non, puisque Epicure lui-même n'était pas épicurien, au sens déformé où nous l'entendons !

Je trouve une base commune au tantrisme et à l'épicurisme : être attentif à ses sens dans le moment présent.

Nul besoin de rechercher des sensations extraordinaires, dans une escalade d'intensité ! C'est même l'inverse, recherchons le plaisir à chaque instant, dans les banalités du quotidien.

L'épicurisme vient contrer l'automatisme, celui qui nous fait agir en pensant à autre chose.
! Comme une gorgée d'eau fraiche est jouissive lorsqu'on a chaud et soif ! Tout simplement parce que nous y faisons attention. Cette même attention est parfaitement possible le reste du temps, sauf que nous sommes dans l'automatisme, nous pensons à autre chose.

Je suis une épicurienne. J'aime le plaisir, et je le cherche partout à chaque instant. C'est bien sûr une démarche consciente de ma part, et une découverte, de plus en plus. Entendez-moi bien, je ne recherche pas les situations extrêmes dans lesquelles je projette de trouver du plaisir, mais je cherche le plaisir dans la situation que je vis.

Je me suis longtemps demandé pourquoi je détestais les rituels et les gestes d'habitudes, en rebelle même ! Pourquoi être autant dans la créativité et la différence ? Pourquoi faire les mêmes actes avec des gestes différents ? Toujours je modifie quelque chose, toujours je vais changer un détail. J'ai trouvé enfin, au lieu de culpabiliser de ne pas pouvoir "rentrer dans le rang", j'avais en fait inventé ma méthode pour être présente ici et maintenant.

Pourquoi devoir manquer pour pouvoir apprécier ? Pourquoi la faim devrait-elle être l'épice qui donne du goût ?
Pourquoi ressentir du manque lorsque l'être aimé est absent, au lieu de continuer de trouver le présent agréable ?
Pourquoi une seule passion nous rendrait vivant, et la vie serait morne le reste du temps ?

Voici un extrait d'Epicure (à savoir que ses écrits ont été détruits par la montée du christianisme, alors que sa philosophie a influencé le monde méditerranéen pendant 6 siècles...) :

"Quand nous parlons du plaisir comme d'un but essentiel, nous ne parlons pas des plaisirs du noceur irrécupérable - comme se l'imaginent certaines personnes peu au courant et réticentes, ou victimes d'une fausse interprétation - mais d'en arriver au stade où l'on ne souffre pas du corps et où l'on n'est pas perturbé par l'âme."

L'épicurien ne se permet pas de se laisser aller à être un jouisseur égoïste, qui serait alors dans le manque et la souffrance hors de ces plaisirs.
L'épicurien est un amoureux permanent qui accueille chaque instant.
L'épicurien est comme un enfant, il est émerveillé par des choses simples, sans ce besoin d'escalade pour trouver toujours plus fort. Il ne va pas vers le plaisir, le plaisir vient à lui.

Voilà ce que j'essaye de faire !
Nous avons tous connu ces moments d'illumination, qui sont en fait ceux de l'éveil tel que l'entend je pense le bouddhisme : une harmonie et un rayonnement parfait dans un bref moment présent. Simplement, nous voudrions bien que ces moments bénis arrivés par surprise adviennent plus souvent dans nos vies...

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monbricabrac 24/08/2008 10:22

L'ataraxie pour Epicure (vieux souvenir de mes cours de philo de terminale;) est ce que tu dis: État du sage affranchi de toute émotion, de toute passion. C'est à ça que tendait Epicure en se libérant de toutes les passions et de tous les désirs(il ne se nourrissait par exemple que des trois olives et d'un peu de pain). Pour lui, si on se libère des désirs, on ne souffre pas, puisqu'on n'a plus de manque, donc on est heureux . Mais ça donne aussi une vie d'ascète qui n'a rien à voir avec l'épicurisme tel qu'on le conçoit aujourd'hui;)Bon, je me trompe peut-être, j'ai étudié ça il y a presque 15 ans quand-même;)PS: mon com s'écrit en gras, je ne sais pas pourquoi:(

Liane 24/08/2008 12:08


J'ai un côté plus acète que beaucoup de personnes, mais pas comme épicure ! Je suis plus comme une enfant qui sait encore se réjouir d'une platée de
nouilles au gruyère !

Le seul côté épicurien que j'ai, est de savoir apprécier ce que j'ai, au lieu de vivre dans le manque de ce que je n'ai pas, ou d'oublier tout ce qui est déjà agréable dans ma vie. Le matin j'ouvre
mes volet avec le plaisir de voir un peu d'herbe et qu'aucune voiture ne passe dans notre impasse. Je pourrais ouvrir de façon automatique sans y penser, pourtant je me priverais d'un plaisir
simple, facile, et fréquent.

Mais pourtant, j'ai encore des progrès à faire ! Eh oui, ce matin, j'ai encore oublié de regarder ma magnifique améthyste ! Pourtant elle fait 50 cm et elle est magnifique, les
yeux se posent tout de suite dessus quand on la voit pour la première fois. J'aime beaucoup la regarder, et pourtant je n'y pense pas souvent !

Par rapport à Epicure, je n'ai pas ce désir de supprimer quoi que ce soit, et c'est la grande différence d'avec le tantrisme. Bien sûr je compte en parler !


Liane à 2 23/08/2008 21:41

J'ai trouvé une définition :Ataraxie : État du sage affranchi de toute émotion, de toute passion.Et ça, c'est très différent du tantrisme ! Ce n'est pas cette sagesse là...Au lieu d'étouffer quoi que ce soit, au lieu de vivre à l'écart au calme, on vit normalement et on accueille aussi les passions. C'est pour ça que ça me plait, c'est vivable et concret.

danielle 23/08/2008 21:05

Punaise, les gars... vous me donnez l'impression d'être totalement débile. Je croyais avoir l'esprit relativement agile, mais vos joutes savantes me démontrent ô combien j'ai des lacunes culturelles.Ataraxie !!! Difficulté de coordination des mouvements volontaires, j'ai dû regarder dans le dico.Je crois que je ne suis pas digne de vos débats et qu'il me faut retourner à mes études...Mais ce que je comprends est intéressant. Je vais travailler à piger le reste ! ;-)

Liane 23/08/2008 21:31


Tu n'es pas débile, j'ai fait pareil hé hé !
Bien sur je suis allée voir la définition, sur wikipedia, et en plus je ne l'ai pas retenue !

La seule différence, c'est que tu l'as dit !

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ataraxie

Par contre, ils disent "absence de troubles", bref, c'est le bonheur consistant à ne pas se sentir mal je crois.


Liane à 2 22/08/2008 09:28

Effectivement, il faudrait dire hédoniste pour le sens de recherche de plaisirs !Les stoïciens sont plus dans le détachement que les épicuriens. C'est resté, être stoïque veut dire de limiter ou supprimer ses réactions. Merci ppm d'avoir replacé le contexte, car c'est super important ! Je pense le tantrisme plus adapté à notre vie, car même si j'ai souligné un point de ressemblance avec l'épicurisme, en tantrisme il y a présence de la passion et accueil de tout, sans bloquer quoi que ce soit ni s'en défendre.Le tantrisme inclut le quotidien, ce n'est pas une spiritualité détachée de la vie matérielle, au contraire, et c'est la seule qui soit comme ça je pense.Si Monbricabrac, le manque, je sais ce que c'est ! L'attente aussi ! Je ne m'en défends pas, car sinon ça reste quand même là dans un coin... Par contre, c'est vrai qu'en se reportant sur le présent, il arrive à disparaitre de lui-même. Chose troublante, c'est à ce moment qu'arrive ce que j'attends...Cela m'est arrivé pour un coup de fil attendu 4 jours, et arrivé 3 secondes après que je laisse réellement tomber !Depuis quelques années j'étais moins passionnée (à cause de gens intolérants et irrespectueux qui veulent imposer les vues données par leur passion), et par contre je me rouvre à cet aspect. En fait, j'avais tendance à être passionnée par une seule chose qui prenait toute la place, alors que c'est plus agréable de passer de l'une à l'autre et de mettre de la passion partout (pour avoir moins de manque en ne dépendant pas que d'une ?)Merci de trouver intéressant et de m'accompagner dans la réflexion...Tout ce que je souhaite, bien tantriquement, c'est que cela se passe dans la vie et pas que dans la tête ! (je n'aime pas qu'on sépare ceux qui réfléchissent et ceux qui vivent)

ppm 21/08/2008 22:07

Epicurien dans le sens vulgaire est équivalent à hédoniste.Mais les vrais épicuriens vivaient une époque dure, de prostitution politique, de droit de vie ou de mort. Le challenge de cette période troublée était de rester en vie, ne pas souffrir. Le summum bonnun était plutôt concentrer sur éviter le souffrance que su rechercher les plaisirs.Pour cela ils sont très proches des stoïciens, l'autre mamelle des philosophes matérialistes.Je suis épicurien, mais je ne crache pas sur les plaisir terrestres non plus, je dis merci :)